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03.04.2014

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La baisse du plafond des taux d’intérêts en Afrique est-elle vraiment bénéfique pour le développement de la microfinance ?

Depuis les débuts de la microfinance, les taux d’intérêts appliqués aux clients des institutions de microfinance ont souvent fait l’objet de débats remettant en cause leur taux trop élevés dans certaines régions du monde.

C’est pourquoi, l’UEMOA a récemment abaissé le plafond des taux d’intérêts que les institutions de microfinance (IMF) peuvent appliquer, dans le but de protéger les consommateurs. Cependant cette mesure ne semble pas sans conséquences pour l’avenir de la microfinance en Afrique de l’Ouest : elle pourrait réduire l’accès au crédit.

L’UEMOA (Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine) est une organisation africaine qui a comme mission la réalisation de l'intégration économique des États membres, à travers le renforcement de la compétitivité des activités économiques.
Elle comprend actuellement 8 états : Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Guinée-Bissau, Mali, Niger, Sénégal, Togo.

En effet, en passant de 27% à 24%, ce nouveau plafond pourrait entraîner des difficultés pour les fournisseurs de services financiers, comme les IMF, à couvrir leurs frais de fonctionnement et donc ils pourraient se voir contraindre de réduire leur couverture des populations les plus pauvres, notamment vivant dans les zones rurales.

Comme nous le précise Khaled Ben Jilani d’AfricInvest : « Limiter le taux d’intérêt exclut automatiquement la partie de la population la plus nécessiteuse ».

Selon certains acteurs du domaine, plusieurs IMF pourraient à terme disparaître, car confrontées à des coûts trop élevés. Les emprunteurs quant à eux pourraient se tourner à nouveaux vers des acteurs dits traditionnels qui eux peuvent appliquer des taux d’intérêt beaucoup plus élevés.

Alors que beaucoup d’institutions de microfinance ont encore du mal à se développer dans cette région du monde, les autorités envisagent également de revenir sur l’exonération fiscale en vigueur pour les IMF coopératives, ce qui pourrait entraver le développement de ce secteur vers un modèle durable.

Dans une récente étude, le CGAP quant à lui, a montré que l’encadrement des taux d’intérêts est d’autant moins justifié que ceux-ci auraient déjà baissé de 39% à 25% environ entre 2005 et 2011 en Afrique subsaharienne.

Libéraliser le système pour faire baisser les coûts serait-elle la solution comme le suggère Julie Earne, la spécialiste de l’IFC, ou faut-il plutôt aller vers une régulation à plusieurs niveaux ?

Au Kenya par exemple, les taux d’intérêt n’ont pas été plafonnés et le gouvernement a préféré se tourner vers un système inspiré de l’Ouganda, avec une réglementation à plusieurs couches et adaptées aux différents types d’institutions financières.

Ainsi, la solution pourrait-elle également résider dans un changement de modèle s’appuyant d’avantage vers les nouvelles technologies pour faire baisser les coûts et ainsi toucher une population plus importante ?

Source : Jeune Afrique

Tags : microfinance, institutions de microfinance, IMF, microcredit, CGAP, UEMOA, Afrique de l’Ouest, régulation, taux d’intérêt, crédit, MicroWorld