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16.01.2011

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MicroWorld

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Le microcrédit au service des objectifs du millénaire

Dix ans après l’engagement pris par les Nations Unies de réduire de moitié la grande pauvreté mondiale d’ici 2015, le microcrédit s’est inscrit parmi les instruments financiers indispensables à la réussite de ce projet.

En 1990, 189 Etats réunis sous l’égide de l’ONU s’engageaient à réduire de moitié la proportion de la population mondiale dont le revenu est inférieur à 1,25 dollar (0,95 euro) par jour. En 2000, la campagne des «huit objectifs du millénaire pour le développement» (OMD) était lancée afin d’établir les combats prioritaires à mener pour endiguer la misère. En septembre 2010, un nouveau sommet tenu à New-York permettait de faire le point sur la tenue de ces objectifs, et sur les méthodes appropriées à leur poursuite.

Au cours de la même période, l’essor considérable du microcrédit dans les pays en développement, avec près de 200 millions d’emprunteurs, en a fait l’un des fers de lance de la lutte contre la pauvreté.

Dans ce sens, l’ONU a proclamé 2005 "Année internationale du microcrédit". A cette occasion, le Secrétaire Général Kofi Annan a déclaré : « L’accès durable au microfinancement contribue à atténuer la pauvreté en générant des revenus, en créant des emplois, en donnant la possibilité aux enfants d’aller à l’école, en permettant aux familles d’obtenir des soins médicaux et en donnant les moyens aux populations de faire les choix qui répondent le mieux à leurs besoins ».1

Selon l’économiste Esther Duflo, spécialiste reconnue des questions liées à la pauvreté et au développement humain, l’impact du microcrédit sur le court terme semble en effet favorable. La possibilité offerte aux plus démunis d’emprunter « représente une réussite importante, dans des pays où les services à l'intention des plus pauvres, privés ou publics, brillent par leur absence. » 2 Grâce à la formation d’un réseau compétent d’IMF, il est aujourd’hui prouvé « qu’il est possible de prêter aux pauvres à des taux beaucoup plus favorables que ceux pratiqués par les usuriers » 3, tout en permettant la naissance de petites activités, l’achat de matériel, de bétail, la prise de décision des femmes.

Esther Duflo, à l’occasion de sa leçon inaugurale au Collège de France dans la chaire « Savoirs contre pauvreté », a cependant rappelé la nécessité d’une approche expérimentale dans le cadre des programmes de lutte contre la misère sociale. Le manque d’études rigoureuses sur l’impact du microcrédit est en effet patent alors même qu’ « étudier l’impact d’interventions particulières est peut-être précisément ce qui nous permettra de comprendre comment réduire la pauvreté durablement ».4

Si le microcrédit est un slogan admis par les porteurs des Objectifs du Millénaire, il semble qu’il reste à comprendre les ressources et possibilités réelles de cet instrument, de manière à en user au mieux, pour une efficacité sur le long terme.

1“L’Année Internationale du Microcrédit 2005 souligne l’importance de la microfinance comme partie intégrante de notre effort collectif visant à atteindre les Objectifs de Développement du Millénaire. L’accès durable au microfinancement contribue à atténuer la pauvreté en générant des revenus, en créant des emplois, en donnant la possibilité aux enfants d’aller à l’école, en permettant aux familles d’obtenir des soins médicaux et en donnant les moyens aux populations de faire les choix qui répondent le mieux à leurs besoins. Le grand défi qui se dresse devant nous est d’aborder les contraintes qui font obstacle à la pleine participation des populations au secteur financier. Ensemble, nous pouvons et devons construire des secteurs financiers intégrants qui aident les populations à améliorer leurs conditions d’existence”.

Secrétaire Général Kofi Annan, 29 décembre 2003
http://www.yearofmicrocredit.org/pages/multilingual/french.asp

2 Esther Duflo, Microcrédit, miracle ou désastre ?, Le Monde.fr, 11 janvier 2010

3 Esther Duflo, Libération, 21 septembre 2010
http://www.liberation.fr/economie/01092291421-l-extreme-pauvrete-peut-etre-endiguee

4 Première titulaire de la Chaire « Savoirs contre Pauvreté » créée au collège de France, en collaboration avec l’AFD, Esther Duflo, professeur associé à PSE-Ecole d’économie de Paris, a donné sa leçon inaugurale, Expérience, science et lutte contre la pauvreté, le 8 janvier 2009.
http://www.lemonde.fr/cgi-bin/ACHATS/acheter.cgi?offre=ARCHIVES&type_item=ART_ARCH_30J&objet_id=1065481&clef=ARC-TRK-D_01

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